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Cyber STM 79

 Changement de sujet complet ce mois-ci, puisque Dave nous propose une nouvelle de science-fiction. Fans d'anticipation, réjouissez-vous ! Et tous ceux qui ont déjà passé des heures à chasser des bogues récalcitrants sont invités à réfléchir aux hypothèses imaginées dans ce petit récit de fiction. Hypothèses ? Hum... Et si... et si, à partir d'un certain niveau de complexité, les machines ne pouvaient plus être comprises selon les seules lois de la physique ?...

    MESSAGE CONFIDENTIEL
    Destinataire: John Waite, Conseiller
    Expéditeur :Axton Davies, chercheur adjoint, Groupe de Recherches Cyber
    Sujet : Ultra-secret
    Niveau de priorité : Urgent
    Routage : Porteur spécial, accusé de réception

Mon cher John,

Si je t'adresse ce message avec une telle priorité, c'est parce que je viens de faire une importante découverte. Découverte qui réclame ton attention immédiate et celle du Conseil.

Et dire que tu t'attendais sans doute à lire le bavardage distrayant de ton vieux copain! Je voudrais bien pouvoir papoter. Mais tu vois, si j'ai pris soin que tu lises ce message le plus tôt possible, ce n'est pas pour te faire part des derniers potins.

Comme tu le sais, le Conseil a financé nos recherches visant à produire un chasseur spatial autonome piloté par ordinateur, capable de se défendre contre les attaques des vaisseaux des Rebelles, voire de les anticiper. Tu sais également déjà que nos efforts ont porté leurs fruits : le vaisseau Cyber modèle 270 entrera en test opérationnel dans deux jours à peine.

Des tests préliminaires ont déjà été effectués sur les systèmes d'armes et l'intelligence artificielle du prototype, et se sont révélés très satisfaisants. Tu as probablement noté que l'opinion publique et les milieux militaires montrent un grand enthousiasme pour ce nouveau vaisseau-robot. Pour la première fois, nous allons disposer d'un appareil capable d'engager un Rebelle, à un contre un, avec une bonne probabilité de succès. Ce qui représentera une nette amélioration par rapport aux attaques de harcèlement de faible envergure que nous sommes encore contraints d'employer.

Mais cet enthousiasme pour le Cyber 270 est aussi la raison pour laquelle je ne t'envoie pas ce message par les canaux norm,aux, mais sur papier, par porteur spécial. Etant donnée mon poste de chercheur adjoint, mon courrier électronique ordinaire fait l'objet d'une surveillance de routine. L'opinion publique exige vengeance, et place tous ses espoirs dans le projet Cyber. Le sujet est presque devenu religieux, et un message ordinaire pourrait bien être effacé par mégarde, ou bien retenu ``pour vérifications".

Il faut que je te parle du travail que j'ai accompli et de ses conséquences pour le projet tout entier. Je vais m'efforcer d'éviter les termes trop techniques. Ne m'en veux pas si certaines explications te semblent superflues. Le sujet est si grave que je ne veux pas courir le moindre risque d'être mal compris, ou, pis, de sembler parvenir à des conclusions erronées.

Te souviens-tu de notre dernière année à l'université de Colo-Wy, il y a vingt ans ? J'ai poursuivi dans la voie scientifique et suis entré chez CSI. Toi, tu as bifurqué vers la politique, et je me suis souvent demandé si tu t'en tirerais. Maintenant, je ne me pose plus la question : tu es au Conseil, alors que moi, je fais toujours mumuse avec mes neutronoscopes

Ces saletés d'analgésiques qu'ils me donnent m'empêchent de rassembler mes souvenirs! Mais sans eux, c'est pire, je ne peux aligner deux mots. As-tu jamais eu des migraines juste derrière les yeux ? Cela me fait tout le temps mal, j'y vois à peine.

Donc, quand j'ai débuté chez CSI, nous avons reçu une subvention pour le programme de recherches qui devint par la suite projet Cyber. Il s'agissait de concevoir une machine dotée d'une intelligence égale à celle d'un cerveau humain. L'accent était mis sur les capacités de "pensée associative" et de généralisation. Ces techniques se sont en effet révélées être les seuls à pouvoir battre régulièrement les vaisseaux-robots des Rebelles. L'ennemi nous surpasse apparemment toujours en termes de puissance de calcul brute.

Tu te souviens de l'arrêt du projet, qualifié d'"échec ruineux" ? Je ne sais pas si son arrêt brutal t'a mis la puce à l'oreille, ni si tu as eu la curiosité d'investiguer un peu et de chercher ce qui s'était réellement passé. Moi, je sais. Dieu fasse que les gens de la sécurité n'entendent jamais parler de ce message, car naturellement, cette histoire est si secrète que tu n'aurais sans doute jamais été autorisé à en prendre connaissance.

John, le projet n'a pas échoué. Nous avons au contraire fait une importante découverte: le cerveau humain ne peut pas fonctionner.

Non, je ne délire pas sous l'effet des drogues. Alors' ravale ce sourire condescendant ! Je me souviens parfaitement de ce visage narquois que tu arborais pendant les cours de certains profs que tu n'appréciais guère. Laisse-moi t'expliquer, et tu comprendras pourquoi tout ceci n'a jamais été divulgué. "Sujet sensible", disaient-il avec un art consommé de la litote. Peut-être même regretteras-tu de savoir, c'est dire.

Prenons un grand ordinateur, comme nous l'avons fait. Programmons-y le nombre de neurones d'un cerveau humain moyen. La plupart de ces neurones sont d'ailleurs non connectés. Puis ajoutons-y le taux d'interconnexions entre neurones. Mélangeons avec la vitesse de propagation des signaux neuronaux, qui est à peu près celle du son dans l'air à la surtace de la Terre (330 m/s). Toutes ces données figurent dans les manuels de neurologie, nous nous sommes contentés de les y piocher. Si j'ai l'air de me couvrir, c'est parce que les conclusions paraissent si extravagantes.

Maintenant, jetons ces chiffres en pâture à l'algorithme de Degaunse pour en déduire la puissance de calcul du réseau résultant. Son théorème est prouvé, donc les résultats sont indiscutables. Nous obtenons un résultat représentant la vitesse maximale de traitement de l'information du cerveau humain. C'est ce que nous avons fait.

Puis nous avons déterminé la vitesse du cerveau empiriquement. Nous avons pris un certain nombre de volontaires et les avons soumis à des épreuves de stress. A un certain moment de l'épreuve, les volontaires étaient amenés à croire que leur vie était en danger avant de perdre connaissance. La plupart ont réagi d'une manière classique, ce qu'un non-scientifique peut décrire comme "leur vie a défilé devant leurs yeux". Après qu'ils se soient remis de leurs émotions, nous leur avons demandé de nous décrire les sou- venirs qu'ils avaient évoqués et les pensées qu'ils avaient eues durant les quelques secondes d'angoisse intense précédant leur perte de conscience.

Le nombre des souvenirs évoqués et leur niveau de détai l était extraordinaire. D'énormes volumes de mémoire étaient balayés en quelques millièmes de secondes. Ensuite, nous avons pris la manière la plus efficace de coder ces informations et de les emmagasiner sous forme de réseaux neuronaux. Nous en avons déduit, en terme de vitesse de traitement, quelle était la rapidité d'accès à la mémoire humaine. Le taux que nous avons trouvé excède d,ailleurs três largement ce que nos meilleurs ordinateurs sont capables de faire en mode rafale.

Le programme donne les vitesses de transfert dans toute leur sécheresse. Permet-moi de te les traduire en mots. John, il s'en faut de trés loin (d'un facteur de 2,61 fois 10 puissance 8) que le cerveau puisse accomplir ce qu'il fait ! Cette enchevêtrement de neurones ridiculement lents ne peut absolument pas penser, ou traiter les données, à la vitesse que nous connaissons. Nous avons tout vérifié deux fois. Et deux équipes travaillant avec des algorithmes différents ont abouti à ces mêmes conclusions. Si les puissances de traitement mesurée et théorique différaient d'un facteur 1 00, voire 1000, je soupçonnerait une erreur statistique ou bien de mauvaises données, mais pas avec une différence de deux cent soixante millions de fois !

Nos calculs semblent donc prouver que le cerveau n'est pas capable de pensée abstraite, mais seulement de fonctions réflexes et de bas niveau (par exemple, si on touche une surface brûlante, on retire la main par un réflexe qui ne met pas en jeu le cerveau). En outre, même avec nos techniques médicales modernes, personne ne sait pourquoi un neurone choisit tel ou tel autre neurone comme destinataire d'un influx donné, parmi les milliers auxquels il est connecté par ses synapses. Certes, je pourrais te dire le transfert du signal fait intervenir de l'acétylcholine, de la sérotonine et des changement de polarisation, c'est-à-dire comment se fait le transfert. Mais je ne peux pas te dire pourquoi il se fait entre deux neurones donnés.

Nous avons donc abandonné le projet : nous ne pouvions pas construire un ordinateur qui pense aussi vite que le cerveau, parce que le cerveau ne peut pas penser!

J'avance une explication personnelle : le cerveau est un récepteur extrêmement sensible et délicat. La moindre influence externe affecte certains neurones qui envoient des stimuli selon certains chemins synaptiques, ce qui gouverne la pensée et permet d'agir sur les muscles. Une défaillance de ce système de communication conduit à ce qu'on appelle un dysfonctionnement cérébral.

Cette influence externe est inconnue et impossible à identifier. A défaut d'un mot mieux approprié, appelons-là l'âme. C'est la seule explication. Sans elle, le cerveau ne peut raisonnablement fonctionner. Et pourtant, nous avons été incapable de la détecter ou de l'isoler du cerveau, malgré des analyses poussées sur toute l'étendue du spectre électromagnétique.

lmagine un instant l'impact retentissant de la première preuve "scientifique" que l'âme existe. lmagine les guerres de religion qui pourraient en découler, et tu comprendras pourquoi le sujet a êté abandonné et le projet enterré en toute hâte et dans le plus grand secret. Les guerres de religion ont toujours été les plus cruelles et les plus dévastatrices.

Pour m'occuper sur ce lit d'hôpital, je me demande souvent où se situent ph`ysiquement les ``âmes" qui communiquent avec les cerveaux-récepteurs. C'est pratiquement ma seule distraction.

Donc, notre tentative d'imiter le cerveau humain fut furtivement étouffée. L'équipe fut dissoute. Mes collègues et moi dûmes choisir entre changer de travail ou subir un effacement mémoriel sous hypnose. Changer d'activité ne me plaisait guère après dix ans de carrière, mais je ne voulais pas oublier que j'avais une âme. Abandonnerais-tu ce savoir ? (Beaucoup de mes amis l'ont fait. Tu te souviens de Kevet ? C'était un membre de l'équipe. lnutile d'espérer qu'il s'en souvienne, l'effacement mémoriel est partaitement au point.)

C'est ainsi que j'ai été transféré à la section du projet Cyber qui s'occupait de mettre au point les unités de mémoire (pour garder la mienne - ô ironie de l'administration !). ll y a cinq ans, j'ai commencé à développer la dernière génération de puces mémoires pour les vaisseaux Cyber. Les circuits que j'ai inventés stockent les données sous forme de résonances d'orbitales électroniques autour d'atomes individuels. Ces résonances peuvent être induites par des circuits de commande et sont détectables, ce qui permet d'écrire et de lire les données. Cette conception nouvelle nous permet d'atteindre une densité un billion de fois supérieure à celle de la technologie à base de transistors que nos utilisions jusque là - une technique vieillotte datant du XXe siècle. [NdT : un billion du système international vaut 10 puissance 12, ou un million de millions. Equivaut au trillion américain.]

Si nous n'avions pas été en guerre, mon invention de la mémoire à résonance orbitale m'aurait sans doute valu les honneurs d'un prix. Mais le secret autour de ce projet est tel que je ne serait sans doute jamais reconnu. Cela te prouve au moins que je ne suis pas complètement gâteux.

C'est cette densité de mémoire qui autorise les fonctions intelligentes et cognitives de la série Cyber. Sans cette percée, il aurait été impossible de faire tenir les programmes nécessaires dans un vaisseau spatial. En fait, nous n'aurions même pas pu bâtir une machine assez grande avec l'ancienne technologie, car la chaleur dégagée aurait détruit les puces. (Nous ne savons toujours pas quel type de mémoires les Rebelles utilisent, mais je soupçonne une variante de mes mémoires à résonance.)

Bien sûr, en accroissant la densité de données au millimètre carré, nous avons également accru la sensibilité aux rayons cosmiques. Ce n'est pas neuf. Dès la fin du XXe siècle, les ordinateurs personnels rustiques qui apparurent alors présentaient une erreur mémoire par jour en moyenne à cause des interférences dues aux rayons cosmiques, surtout en haute altitude, là où la couche atmosphérique plus mince absorbe moins les rayons. Par conséquent, les recherches se concentrèrent bientôt sur les "parasites" engendrés dans les mémoires par les rayons cosmiques. Certaines particules ont une si grande énergie qu'il était très difficile de prémunir totalement les circuits en les blindant. Tout ce que pouvaient faire les concepteurs du XXe, c'était détecter, et, si possible, corriger les erreurs engendrées par ces particules. lls inventèrent entre autres le système CESDED (Correction des Erreurs Simples, Détection des Erreurs Doubles) pour détecter les erreurs de parité portant sur un ou deux bits et les corriger automatiquement s'il ne s'agissait que d'un seul bit inversé.

De nos jours, nous utilisons toujours les circuits CESDED. Et les rayons cosmiques sont un problème bien plus grave qu'en ces temps héro.ïques ! Les mémoires de mon invention y sont si sensibles que des blocs de données entiers sont effacés par une seule particule là où un seul bit était affecté auparavant.

L'an dernier, j'ai entamé des recherches sur le blindage contre les rayons cosmiques. Elles ont abouti à la catastrophe du Cyber 240. Je suis sûr que tu t'en souviens. Je t'ai même vu à la LD pendant un reportage sur les auditions que tenait le Conseil sur cette affaire. Les faits sont là : nous avions installé un ordinateur Cyber 240 aux commandes d'une navette de maintenance. ll a émis un ordre qui a dépressurisé la navette et tué les nombreux techniciens qui étaient à bord. Nous avons par la suite découvert que la cause en était des interférences dues à des rayons cosmiques qui avaient affecté les mémoires des systèmes de maintien de la vie et de pressurisation. Les interférences avaient aléatoirement créé une séquence d'instruction qui avaient ouvert un sas, en outrepassant les sécurités.

Nous n'avions jamais testé le 240 configuré avec sa mémoire maximale, et nous ne savions pas quel taux d'erreurs mémoire nous pourrions avoir. En fait, nos estimations prédisaient un taux d'erreurs mille fois plus faible que celui observé lors de cette catastrophe. De deux choses l'une : soit les nouvelles mémoires souffraient d'une erreur de conception, soit elles étaient bien plus sensibles aux rayons cosmiques que je le pensais. ll me fallait savoir.

J'ai contacté le Dr Anderson, de New Stockholm, pour qu'il me fournisse un blindage à métal compacté. La trouvaille d'Anderson est très intéressante. Il commence par tasser les atomes de métal les uns contre les autres grâce à un puissant champ électrique. Les atomes atteignent presque la densité de la matière qui a subi un effondrement gravitationnel. Les vides entre les noyaux des atomes sont considérablement réduits, et les particules cosmiques ont une très faible probabilité de passer entre les noyaux, ce qui fait de ce matériau un bon blindage. Naturellement, les atomes reprennent très vite leurs positions initiales et libèrent de l'énergie. Mais le système d'Anderson récupêre cette énergie et la réutilise pour recompresser les atomes, ce qui commence un nouveau cycle compression-expansion. On obtient donc un bouclier qui n'est efficace que pendant un demi-cycle. Pendant 50% du temps, il arrête ou réfléchit très efficacement les rayons cosmiques à haute énergie (dans le spectre des rayons X ou gamma). Si on prend deux de ces boucliers et qu'on les met en opposition de phase, l'un des deux est toujours en phase compressée, ce qui fournit une protection permanente quasi totale. C'est ce que nous avons fait.

Dans notre labo de Great Falls, nous installâmes un double blindage d'Anderson dans lequel fut placé un nouveau Cyber 270 doté d'une petite mémoire à résonance d'un téraoctet. Nous y fîmes tourner des programmes de test, et, à notre grande satisfaction, nous constatâmes que le niveau d'interférences était ramené à un niveau acceptable.

Mais les interférences avaient un aspect organisé.

ll se formait des arrangements qui n'avaient rien d'aléatoire. On aurait dit une interférence délibérée avec les cellules mémoire. Ce phénomène avait toujours été là, mais il avait jusque là êté noyé dans le bruit de fond des rayons cosmiques, comme un murmure recouvert par le grondement d'une cascade. Notre première hypothèse fut que ce phénomène provenaient d'une diaphonie entre cellules mémoires voisines. Nous décidâmes de faire passer un test au Cyber 270. Le test consistait à faire tourner le programme de poursuite SCIP-1 2, qui détecte les petits objets dans l'espace, prédit leur trajectoire, et les détruit à l'aide d'un petit laser (c'est le moyen de défense classique contre les missiles à fusion Shon des Rebelles).

John, ce que je vais décrire à présent pourrait fort bien être une hallucination. Je le dis pour te faire comprendre que cela m'a fait douter de ma santé mentale. Je suis persuadé que les gens sains d'esprit sont ceux qui sont capable d'en douter, et que se croire absolument inébranlable est un signe qu'on bascule dans la folie.

Le programme SCIP, que nous utilisions comme test, détecte les objets mobiles à l'aide de radars et de capteurs visuels. ll dirige alors une tourelle laser vers la position prédite de l'objet, et tire une salve pour le détruire.

J'avais pris place à l'holoconsole de surveillance mémoire dans le labo. Mike et Angela étaient avec moi ce jour-là. Déjà, à l'université, nous étions dans la même équipe de travaux pratiques. Nous avions travaillé ensemble pendant tant d'années que nous pouvions presque deviner nos pensées. Mike envoyait des objets dans le champ de tir du laser, et Angela était à la console de programmation.

Mon holoconsole montrait un diagramme fonctionnel en trois dimensions de la mémoire du Cyber 270, méthode classique de débogage. Quand une erreur de parité survenait dans la mémoire, un pixel s,illuminait brièvement à l'endroit concerné. J'espérais pouvoir reproduire le phénomène, déceler une conformation pouvant nous fournir un indice. Nous désespérions de trouver la cause de l'interférence organisée, et parfois, un examen visuel révèle ce qu'une analyse informatisée a laissé passer. Je ne voyais que le diagramme en vert sombre, et un petit éclair blanc occasionnel là où une cellule mémoire avait encaissé un parasite.

Mike commença à lancer des projectiles en tôle avec le canon à accélérateur magnétique, et Angela fit démarrer le programme. Pendant environ cinq minutes, tout marcha bien. Les éclairs blancs ne révélaient que des parasites aléatoires que le CESDED corrigeait. Le phénomène ne se reproduisait pas. Sur ma console, les formes géométriques symbolisant les structures de données se déformaient, se déplaçaient et évoluaient au rythme normal du programme SClP-12.

Et soudain, la console entière s'illumina de blanc. La mémoire commença à se modifier sous mes yeux, d'une manière sciemment organisée. Je vis des blocs se déplacer et des changements s'opérer. C'était une réorganisation intelligente de la mémoire. Un peu comme un programme de tri.

J'essayai de déceler un indice, de voir si des blocs adjacents interféraient par fuite de courant. J'avais enfin reproduit mon phénomène, et je l'examinais intensément. C'était le but du test. C'est pourquoi je n'ai pas coupé immédiatement le courant. Et c'est parce que je n'ai pas réfléchi que c'est arrivé.

Le laser cessa de suivre la trajectoire de la cible en tôle que Mike venait de propulser dans son champ de tir. La tourelle du laser pivota à fond vers la droite, et arriva en arrêt sur ses butées de sécurité. J'entendis gémir les moteurs selsyn qui continuaient à forcer, et les butées cassèrent presque instantanément. La tourelle pivota encore, braquée à présent vers l'intérieur du labo. Et le laser tira à pleine puissance. Pas le petit rayon faiblard qui servait à détruire les cibles, mais un éblouissant cylindre massif de lumière jaune. Les lumières baissèrent tant le laser consommait d'énergie.

John, le laser perfora littéralement le coeur de Mike. Je sais que c'est horrible, mais il faut que j'en parle à quelqu'un. Et tu es le seul ami qui me reste.

Je suis resté figé d'horreur, je l'avoue. Les yeux de Mike se fixèrent sur les miens, son regard se riva au mien comme pour se retenir, me lançant un appel muet. Et je ne pouvais rien faire d'autre que le regarder. Puis il est tombé. La tourelle pivota et revint vers la gauche, brisant l'autre butée de sécurité. Angela n'avait pas été aussi lente que moi. Peut-être grâce à l'escrime qu'elle pratiquait au lycée ? Elle avait fait basculer en arrière la chaise sur laquelle elle se trouvait, pour tenter de s'abriter derrière la console de programmation. La chaise n'avait pas terminé sa chute lorsque le laser atteignit Angela au travers de la console.

Tout ceci prit peut-être une seconde. Aurais-je eu le temps de réagir ? Je me demande encore. Je n'en sais rien. Le psy me dit que je m'accuse. Mais je suis sûr qu'à ma place, Angela ou toi ne seriez pas restés plantés là' inertes. ll dit aussi que n'importe qui aurait hésité, aurait été choqué par l'irruption de ce spectacle atroce dans la vie monotone du labo, surtout pendant un test de routine. Selon lui, même des soldats surentraînés, gonflés à bloc, en situation de combat, restent un instant paralysés lorsqu'ils voient quelqu'un mourir. Peut-être bien. Mais j'avais le temps de couper le courant et je ne l'ai pas fait.

La tourelle pivota de nouveau et s'aligna instantanément vers moi. Une lumière du jaune le plus pur que j'ai jamais vu m'aveugla. C'était un jaune magnifique, comme un feu. Je le vois encore. Des tâches vertes (la couleur complémentaire) me brouillent parfois la vue là où ma rétine est brûlée, et il me faut déplacer le regard pour voir les mots sur cette feuille entre les lésions rétiniennes.

Soudain, tout s'arrêta. La chaise d'Angela avait rebondi et avait heurté les bornes de connexion au 220 V du laser. Nous ne les avions pas isolées parce que c'était juste un test, et il faut si souvent refaire les câblages pour venir à bout des boucles de masse... Le cadre métallique de la chaise a donc heurté les bornes, et dans une gerbe d'étincelles, les disjoncteurs magnétiques ont coupé les circuits. Le courant du laser a été coupé juste alors qu'il venait de me prendre pour cible, et je n'ai été atteint que pendant quelques centaines de microsecondes, pas assez pour me tuer.

Et tout fut soudain silencieux. Le seul bruit était le cliquètement du capot du laser dont la tôle refroidissait. C'est de l'odeur que je me souviens le mieux. Une odeur de chair brûlée. Celle de mon front. J'ai senti cette odeur pendant des jours. Le laser avait tenté de me perforer le front, et s'il avait disposé d'une fraction de seconde supplémentaire, il y serait parvenu. Angela m'avait sauvé.

John, je sais que tu es au courant. Les rapports officiels parlent d'une erreur de programmation accompagnée de défaillances matérielles, et disent que j'ai perdu les pédales en voyant de vieux amis mourir. lls affirment que j'essaie de trouver une raison à une erreur de programmation qui a tué un ami et une ex-compagne.

Mais le laser n'a pas tiré "au hasard", pour reprendre les termes de ce cher colonel Seiers. ll a tiré exactement trois fois, et les trois fois, la visée était parfaitement alignée. Quelque chose s'est emparé de ce laser et l'a utilisé pour tuer trois personnes. Le laser est sorti de son champ de tir programmé, la tourelle a brisé ses butées de sécurité, et le tube laser lui-même est allé bien au-delà de sa limite de puissance programmée. C'est délibérément que ce ``quelque chose" a tué deux personnes, et ne m'a manqué que par chance.

La mèmoire s'est effacée lorsque le courant a disjoncté, et je ne peux donc pas prouver les changements que j'avais remarqués. Nous n'avons pas non plus d'enregistrements 3DV de la console - nous n'allions pas brancher des enregistreurs pour un simple test de la mémoire.

Mais réfléchis. S'il y a réellement des âmes qui communiquent avec nos cerveaux et commandent nos corps, autant en accepter toutes les implications...

ll pourrait également y avoir des démons. Je pense que les Rebelles sont des démons, John.

Et ces démons n'ont besoin que d'une mémoire suffisamment sensible pour qu'ils puissent l'influencer, la contrôler. Les vieilles mémoires à transistors y étaient quasiment insensibles. Tout au plus pouvaient-ils sans doute y causer des altérations ponctuelles, mais elles n'étaient pas assez sensibles pour qu'ils y causent des perturbations organisées. Pour les informaticiens, cela devait au pire donner un de ces jours que nous avons tous connus, où l'on regrette de s'être levé et où rien ne marche dans les ordinateurs, sans aucune raison apparente.

Mais les nouvelles mémoires à résonances orbitales sont si délicates qu'elles peuvent être influencées de façon cohérente. En les abritant derrière un excellent blindage, nous supprimons presque tous les parasites aléatoires d'origine cosmique qui pourraient venir couvrir l'influence de ces "choses". Celles-ci disposent alors d'un excellent récepteur à démons. Et on offre à quelque chose de très malfaisant la possibilité d'utiliser les appareils pilotés par l'ordinateur contenant ces mémoires.

Un Rebelle pourrait très bien être le résultat d'une mémoire trop réceptive livrée en pâture à une influence externe inconnue. Ce pourrait être le produit des recherches informatiques de n'importe quelle civilisation avancée. Cela me semble plus que probable.

Bientôt, je serai aveugle. Les toubibs me disent que mes rétines saignent maintenant sans arrêt et se détériorent progressivement. Le laser a endommagé tous les vaisseaux sanguins rétiniens et on ne sait pas les réparer. Je dois aujourd'hui subir une autre opération. Ils pensent que des vaisseaux sanguins proches de mon cerveau ont également été endommagés par la chaleur. lls disent que le choc opératoire pourrait les faire éclater et qu'en ce cas, je serais mort avant qu'ils puissent faire quoi que ce soit.

Raison de plus pour t'avertir tout de suite. Près de cette station, au point de Lagrange, se trouve le centre spatial de test qui procèdera aux essais du Cyber 270. Cet engin possède les meilleurs systèmes d'armes que nous ayons jamais construits, et est piloté par une intelligence artificielle dotée de 4000 téraoctets de mémoire à résonance. Et cette mémoire est protégée par un double blindage d'Anderson. Comme chacun sait, c'est notre "meilleure arme défensive", notre "meilleur ordinateur jamais construit". J'ai vérifié sa conception. Avec ses alimentations redondantes, il n'y a aucun moyen de le débrancher. Et il commence ses tests dans deux jours.

John... Je me demande vraiment de quel côté se battra ce vaisseau.

Eh bien, ils ont amené le chariot. Je dois dormir à présent.

Amicalement,

Axton.
Traduction et adaptation: Password90


Date de création : 16/02/2015 : 09:11
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